socio-politique intro

SOCIOLOGIE POLITIQUE
Mme BRACONNIER

 

 


INTRODUCTION : Qu'est ce que la sociologie politique ?

La sociologique politique constitue une certaine manière d'appréhender la politique, c'est une discipline dont le but est de comprendre la réalité politique. Ainsi, la valeur des discours produits par la sociologie politique se mesure surtout par leur capacité à répondre à la question « comment ça fonctionne ». Cette question peut être traduite par « comment fonctionne politiquement une société ?».

En théorie, la sociologie politique ne cherche pas :
- à justifier ce qui est (contrairement au discours des hommes politiques qui cherchent à convaincre et non à faire comprendre).
- à plaire (contrairement au discours des médias qui cherchent à faire monter l'Audimat : il y a dans leurs discours une logique concurrentielle, une logique de séduction qu'il n'y a pas dans les discours de sociologie politique).
Ex : en décembre 2006 les médias ont insisté sur le fait que les jeunes devaient s'inscrire sur les listes électorales : l'idée qu'ils voulaient faire passer était que le vote des jeunes des banlieues ferait l'élection.
Dans les médias nous sommes face à un enchantement alors que souvent la sociologie désenchante, c'est pourquoi le discours ne plaît pas toujours. C'est un discours de l'ordre de la science. Il gêne les journalistes, les hommes politiques...
Ex : Pierre Bourdieu (sociologue) a montré qu'il existait une reproduction des inégalités sociales à l'école. C'est une idée qui dérange.
- à dire ce qui est bien (contrairement à la philosophie, aux discours à dimension éthique...)
- ce qui est normal et autorisé (contrairement aux discours normatifs des juristes).

Le seul objectif de la sociologie politique est d'expliquer les phénomènes politiques.
Aujourd'hui, la sociologie politique est devenue une branche dominante de la science politique (d'ailleurs il y a souvent une confusion entre les deux disciplines). Or cela n'a pas toujours été le cas.
Au départ l'étude des questions politiques à l'université était le quasi-monopole du droit. Après la seconde guerre mondiale (dans les années 1950, 1970), la science politique va se constituer comme une discipline autonome et à part entière du droit. Elle se distingue toujours plus du droit et surtout du droit constitutionnel.


1. Science politique et droit

La science politique est issue du droit. Ceci implique une sorte de méfiance entre les deux disciplines.
En quoi la science politique se distingue t- elle du droit (du droit constitutionnel) ?
La science politique s'en distingue car elle intéresse moins aux règles formelles coure pratiques concrètes. La science intéresse moins aux règles du jeu que la façon dont fonctionne le jeu lui-même. Le politique s'intéresse à tout ce qui peut se passer en dehors des règles.
Ex : le Parlement dans une société démocratique.
La simple lecture de la constitution ne suffit pas à comprendre le rôle que joue le parlement dans nos sociétés. Quelqu'un qui connaît le système politique que par la lecture de la constitution aurait une idée totalement fausse (voire inversée) du rôle du parlement.
A la lecture des règles constitutionnelles, le parlement semble être l'institution centrale du système démocratique.
La plupart des constitutions attribue au parlement un double pouvoir :
faire les lois (pouvoir législatif)
contrôler le gouvernement
Les constitutionnalistes fondent le concept de régime parlementaire par le concept de la censure possible du parlement sur le gouvernement.

Or, la réalité est toute autre. Aujourd'hui le parlement à une place de second plan dans le fonctionnement des grandes démocraties.
Les parlements ont perdu leurs deux principales prérogatives : ils ne font plus les lois, c'est-à-dire qu'ils se contentent de voter les textes élaborés par d'autres institutions (comme le pouvoir exécutif, les partis politiques majoritaires...). D'ailleurs 9/10 des lois votées sont d'origine gouvernementale.
De plus, ils ne contrôlent plus l'exécutif. C'est un pouvoir de plus en plus formel. En Allemagne, en Angleterre, en France l'adoption d'une motion de censure par le parlement est devenue très rare.
Ceci est arrivé une fois en 1979 (à une voix près) en Angleterre, une fois en 1982 en Allemagne à l'occasion d'une rupture d'alliance, zéro fois en Espagne depuis l'adoption de la constitution, une fois en France en en 1962 contre le gouvernement Pompidou. En effet en 1958 le général de Gaulle est rappelé au pouvoir pour régler la guerre d'Algérie. En 1962 c'est la fin de la guerre. Il faut alors définir le rôle du général de Gaulle en dehors de la situation de guerre. De Gaulle efface les parlementaires autour de lui, il centralise le pouvoir autour de l'exécutif : il prône un pouvoir centralisé. En 1962, les parlementaires veulent récupérer le pouvoir qu'ils ont laissé au général en 1958. Au lieu de céder du terrain, le général de Gaulle va renforcer son pouvoir. Il organise un référendum, la question posée aux Français est : faut-il élire le président de la république au suffrage universel ? En effet à cette époque le président de la république est élu par les parlementaires et les élus locaux. Le général de Gaulle utilise l'article 11 de la constitution (et pas l'article 89 qui impose l'accord du parlement pour poser cette question). Les Français répondent OUI (avec une forte majorité). Le général impose comme premier ministre Pompidou. Celui-ci était inconnu des politiciens. Sa seule légitimité : c'était un proche du général de Gaulle. Le choix du premier ministre apparaît comme un affront pour le parlement. Le parlement réagi par la motion de censure. Le général dissout le parlement et choisi à nouveau Pompidou comme premier ministre.
Cet exemple illustre le fait que le contrôle du gouvernement par le parlement n'est que formel.
Ceci montre ce qui sépare le fonctionnement réel des systèmes politiques et les modèles élaborés par des textes par la théorie constitutionnelle.

En réalité, il n'y a plus de régime parlementaire à proprement parler (à n'utiliser que dans ce cours). Le parlement n'a plus de position centrale. L'exécutif porte mal son nom : loin d'exécuter les lois, c'est lui qui les élabore, c'est lui qui domine le jeu politique à condition de laisser de côté le jeu joué par les partis politiques. Ce qui est intéressant pour la science politique c'est de comprendre pourquoi le parlement ne met pas en œuvre la censure gouvernementale alors qu'il en a le pouvoir. Il existe des causes multiples à cette situation, mais on peut évoquer le facteur principal qui est l'instauration progressive d'un système de partis disciplinés, le développement des grandes entreprises politiques qui contrôlent le marché électoral (constitue l'évolution majeure de la vie politique contemporaine). Aujourd'hui, il est impossible d'être élu en dehors du soutient des grands partis qui dominent (ceci est dû à des raisons financières d'abord, et à la difficulté d'être élu sans la ressource d'un label partisan qui donne une légitimité à l'égard de l'électorat). Les grands partis contrôlent l'ensemble des charges électives ce qui a des conséquences importantes sur le fonctionnement de la vie politique : les élus sont contraints à une très forte discipline de vote.
Ex : si un candidat ne vote pas en accord avec la majorité qui l'a soutenu, il risque de perdre son siège pour els prochaines élections.
Ex : en Corse, la vie politique est dominée par des familles de notables politiques. Le « nom » est plus important que le label politique.
Ceci explique qu'il n'y ait pas de motion de censure à cause des grands partis qui imposent le jeu de la discipline de vote (la réélection est en jeu).

Les élus doivent obéir aux directives de leur parti sous peine de sanctions. Ainsi le député récalcitrant risquerait de perdre son investiture pour les prochaines élections et son siège.
L'élu est devenu le salarié d'une grande entreprise politique. Il est peu probable de voir des députés renverser les leaders de leur parti qui siègent au gouvernement. La mise en jeu de la responsabilité politique devient purement formelle. La question de la séparation des pouvoirs conserve un sens dans ce cas car la logique du parti politique s'impose au gouvernement et au Parlement.

Le droit constitutionnel et la science politique sont complémentaires. Il serait incohérent de ne pas chercher à comprendre les règles constitutionnelles pour comprendre le système politique. Le constitutionnaliste ne peut se passer du politique car il est absurde de s'intéresser aux règles et pas à leur mise en pratique.

2. Science politique et science sociale

La science politique s'est éloignée du droit pour se rapprocher de la sociologie.
La science politique s'est développée en empruntant des concepts, des outils d'analyse aux différentes sciences sociales, à l'histoire, à l'économie, à l'anthropologie, à la sociologie (surtout à la sociologie): la science politique est une discipline pluridisciplinaire.
C'est une branche des sciences sociales. C'est incontestablement la sociologie qui a le plus influencé la science politique.

La plupart des politistes considère que la science politique est une activité sociale (pas séparable du reste) et qu'elle traite donc les faits politiques comme les faits sociaux. Cela conduit à utiliser les mêmes instruments, méthodes que les sociologues. Il n'y a pas que des explications politiques aux comportements politiques.
Ex : les électeurs s'abstiennent aux élections car ils sont mécontents de la politique actuelle : ils sanctionnent le gouvernement par leur abstention (explication politique)
Mais les comportements politiques s'expliquent aussi par des faits sociaux : les électeurs qui s'abstiennent sont souvent des chômeurs, des gens dans des situations précaires.
La question sociale rejoint la question politique. Il y a donc des raisons politiques à l'abstention mais dans la plupart des cas l'abstention n'est pas uniquement compréhensible par des éléments politiques. Il existe une continuité entre la vie sociale et la vie politique. Il ne faut pas s'arrêter aux critères politiques pour analyser les comportements politiques.
La plupart des politistes cherchent à expliquer les phénomènes politiques par les phénomènes sociaux même s'ils semblent à première vue éloignés de ce qui est défini habituellement comme politique.
Exemple : plus on est pratiquant, plus on vote.
La science politique contemporaine s'inscrit dans l'histoire de la sociologie et de notions empruntées aux grands sociologues.
Cela explique que la science politique se soit détachée du droit.
La sociologie politique est une branche de la sociologie, elle n'a pas de méthodes spécifiques mais a un objet spécifique : la politique. Qu'est-ce que la politique ?

3. Définitions de la politique

Il existe plusieurs définitions de la politique, c'est un terme polysémique.
Politique : ce qui se rapporte au gouvernement d'une société dans son ensemble. La politique c'est le gouvernement des sociétés, c'est-à-dire la capacité qu'ont certains groupes ou individus (gouvernants) de diriger la vie en société, d'orienter les comportements de l'ensemble des membres de cette société, la capacité de promulguer des règles qui s'appliquent à tous et de pouvoir les faire respecter.

 

 

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