socio-politique chapitre 1

CHAPITRE 1. OPINIONS ET ELECTIONS


I. Analyse du vote : diversité des approches

Le vote constitue la pratique politique la plus répandue et la seule qui, dans les grandes démocraties réunisse encore la majorité de citoyens.
A chaque scrutin présidentiel, il y a 80 % de participation parmi les inscrits.
Aux Etats-Unis, le taux de participation est calculé par rapport aux personnes capables de voter : les Américains en âge et en droit de voter car dans le Dakota du Nord, il n'y a pas d'inscription aux élections, on ne peut donc pas faire comme en France (les Etats sont maîtres de leurs règles électorales). (il faudra donc être vigilant sur les comparaisons entre les taux de participation entre la France et les Etats-Unis, si on veut comparer, il faut prendre en compte qu'en France, on considère qu'il y a environ 10 % de non inscrit).
Ex : 50 % de votants aux Etats-Unis correspondent environ à 70 % de votants en France.

En théorie, le vote assure l'expression de la volonté populaire et permet aux citoyens de choisir les gouvernants. Dans les faits, le choix est limité aux candidats soutenus par les grands partis politiques.
Le sociologue Mosca (début du siècle) a écrit « les représentants ne sont pas élus, ils se font élire ». Pourquoi ? Car dans nos sociétés, la désignation par le vote est la seule qui confère une vraie légitimité politique au candidat. C'est d'ailleurs la fonction principale du vote. Il s'agit de faciliter l'exercice du pouvoir au gouvernant. Le vote est tant devenu le seul mode de légitimation du pouvoir politique que même les dictateurs l'utilisent. La plupart des dictateurs contemporains se font élire. Le plus souvent il n'y a qu'un candidat et ce n'est pas pour cela qu'il n'y a pas d'enjeu : se faire plébisciter, c'est afficher sa légitimité et cela même quand les électeurs sont contraints physiquement de se rendre au urnes.
Réussir à contraindre les gens à voter, c'est affiché sa force, son autorité, renforcer son pouvoir.
Exemple l'exemple d'URSS :
- dans l'URSS post Stalinien, le système électoral soviétique est entre la logique censitaire (traditionnellement censitaire signifie que l'élection est fondée sur le critère économique : seuls les riches votent, mais dans l'URSS censitaire signifie la séparation entre le peuple et les membres du parti unique qui sont les éclaireurs du peuple) et une logique démocratique.
Le but du cens : donner le droit de vote aux populations qui risquent le moins de renverser l'ordre politique existant.
Dans l'URSS post stalinien, le parti unique s'autoproclame avant-garde du peuple. Il dispose d'une compétence particulière pour guider le peuple.
Ainsi les membres du parti choisissent les candidats aux élections : il existe une compétition interne au parti. Pour augmenter la légitimité du futur gouvernant, il faut que la population valide le choix effectué dans l'ordre interne. Le candidat doit être démocratiquement approuvé par le corps électoral. La population valide le choix du parti ou s'abstient, il n'y a pas d'autre alternative. Mais l'abstention est quasiment nulle car la police politique est très présente. En général les candidats élus obtiennent 100 % des voix.
- Il y eut une évolution politique lente sous Gorbatchev, le parti unique ne disparu pas. Jusqu'en 1989, le même système politique reste en place avec la répression policière en moins. On assiste à une libéralisation politique. Il n'y a plus d'appareil policier mais cela ne retire pas la nécessité du soutien de la population. Gorbatchev a besoin que la population continue de voter. C'est pourquoi il substitue à la répression policière des fêtes, des banquets pour ceux qui se déplacent pour voter (achat des voix électorales). Le soutien de la population est essentiel car il montre que le peuple suit Gorbatchev.
- Au début des années 1990, le parti unique est abandonné et apparaît une véritable concurrence électorale (pour être candidat il faut obtenir un certain nombre de signatures).
Des campagnes électorales se mettent en place : affiches, porte-à-porte... Recours à des experts en communication, le sondage...
Ex : si l'expert constate qu'il faut viser telle population dans sa campagne (ex : les ouvriers), le candidat va axer ses propos sur cette population (ex : écrire une biographie en évoquant son grand-père qui était ouvrier). Cela permet l'identification de la population au représentant.
Ex : Torez écrit « Fils du peuple ».
Il n'y a plus d'appareil policier, ni de fêtes : on est proche du système occidental.
Le taux d'abstention s'est élevé dès les premières élections libres (40 % d'abstentions).
La démocratisation d'un régime a donc des effets sur les méthodes de mobilisation de l'Etat (police, le banquet...) mais la fonction du vote reste la même : la légitimation.

 

1. Les élections et le droit

Il y a de nombreuses manières de traiter la question du vote. Sur le terrain du droit, on sera attentif aux règles officielles du jeu démocratique (ex : on prêtera attention au mode de scrutin, aux conditions d'éligibilité du candidat, des lois en matière de dépenses électorales...). Connaître ces règles est essentiel car elles ont des conséquences importantes sur le jeu politique.
Ex: limiter ou non les dépenses électorales ou encore autoriser ou non la publicité politique dans les médias aura des conséquences sur la compétition électorale.
Ex : aux Etats-Unis, les règles en la matière sont très libres. Les élections se font grâce aux spots publicitaires à la télé sans limite de dépenses ni de contenu. Cela favorise les candidats riches dans un pays où il n'y a pas de structure partisane forte. Cela conduit à un recrutement plutocratique du gouvernement.

Les modes de scrutin peuvent avoir des conséquences donc il faut les connaître. Leurs effets ne sont pas forcément affichés par le législateur.
Ex : la dernière modification des modes de scrutin avant les élections régionales de 2004. Avant cette date, le mode de scrutin était proportionnel mais cela pouvait mener au problème de gouvernance des régions, des majorités fluctuantes, des hommes politiques qui ont du mal à faire voter leurs idées aux élections régionales...
Le côté positif du scrutin proportionnel : c'est un système démocratique, tout le monde est représenté.
Concernant le scrutin majoritaire, il présente l'avantage d'une majorité stable mais l'inconvénient de ne pas être démocratique.
- En 2004, on envisage un scrutin mixte (déjà en vigueur pour les élections municipales pour les communes de plus de 3500 habitants). Dans ce mode de scrutin, on distribue les sièges proportionnellement aux suffrages obtenus par les candidats mais on donne une prime à la liste arrivée en tête (ex : aux élections régionales la prime correspond à 25 % des sièges (aux élection municipales la prime correspond à 50% des sièges), le reste est distribué proportionnellement aux autres candidats).
- En 2004, on introduit un seuil de 10 % des suffrages exprimés au premier tour pour avoir le droit de se présenter au second tour. Cette mesure correspond à l'atténuation d'une mesure beaucoup plus radicale : il existait un seuil de 10% des inscrits. Cette mesure fut censurée par le conseil constitutionnel. Pourquoi ? En gros, seul l'UMP et le PS pouvaient aller au second tour (que les grands partis). Les alliances sont possibles entre les petits partis pour atteindre le second tour.
- Le nombre de conseillers régionaux par département qui sont membre d'une région ne dépend pas de la population respective de chaque département mais du nombre de votants effectifs à chaque élection. Ainsi on ne peut pas connaître à l'avance le nombre de conseillers régionaux venant de chaque département.
Ex : un département comporte 10 000 habitants et un second comporte 20 000 habitants: il serait logique que le second département ait plus de représentants régionaux mais avec le scrutin régional, on est plus représenté dans les départements où on vote le plus. Les départements où l'on vote le moins sont les départements les plus populaires du fait du chômage, du niveau bas des diplômes...

Ce choix de répartition favorise les départements les plus favorisés (ils ont plus de conseillers régionaux).
Il n'est pas certain que cette mesure cache une volonté politique favorable à cet effet.
Les règles ne suffisent pas à rendre compte du fonctionnement de la compétition électorale, il faut aussi poser d'autres questions : pourquoi y a-t-il des élections ? Comment les électeurs font-ils leur choix ? Pourquoi les gens se déplacent-ils pour voter ? ...
La science politique cherche à répondre à toutes ces questions.

 

2. La sociologie historique des pratiques électorales

La science politique peut adopter une démarche historique et chercher à établir l'origine des pratiques électorales. Ce qui permettra de rappeler que voter pour désigner des représentants n'a rien d'évident, de naturel (même en démocratie). On peut par exemple désigner les représentants du peuple par tirage au sort. C'était le cas dans l'Athènes Antique.
Un tel système n'aurait d'ailleurs aujourd'hui pas que des inconvénients. En effet si on considère que la représentation politique doit être sociologiquement représentative de la population alors il faut être favorable au tirage au sort.

L'idée que la représentation nationale doit correspondre à la composition sociale de la population est implicitement à l'œuvre dans les textes et débats récents. Par exemple dans la loi sur la parité qui a été adoptée le 6 juin 2000. Cette loi part du principe qu'il doit y avoir proportionnellement le même nombre de femmes parmi les élus que dans la population. Ceci a suscité de multiples débats en particulier car une telle conception rompt avec une certaine tradition républicaine (universalisme républicain) qui veut que le peuple soit entièrement souverain est donc complètement libre dans le choix de ses élus et qui veut aussi que les élus soient les représentants de l'ensemble de la nation au service de l'intérêt général et non pas au service d'intérêts ou de catégories particulières. Or, l'idée avancée par les détracteurs de cette loi c'est que les femmes élues vont être les représentants non de la nation mais des autres femmes.


Les défenseurs de la loi dénonçaient l'hypocrisie de cet universalisme républicain qui dissimule en réalité une domination masculine.
Cette loi de 2000 a produit ses effets. Elle a deux volets différents :
- une parité obligatoire pour toutes les élections qui se déroulent au scrutin de liste sauf pour les élections municipales dans les communes de moins de moins de 3500 habitants. Les listes doivent comporter 50 % de candidature féminine sous peine de nullité de l'élection.
De plus, la liste doit comporter une alternance stricte des noms des candidats hommes et femmes. Cette condition concerne les élections européennes et les dernières élections régionales.
- la loi propose une parité facultative (ou incitative) pour le scrutin uninominal des législatives. Il n'est pas illégal pour un parti candidat aux élections législatives de ne pas présenter de 50 % de femmes. Si la liste ne comporte pas les 50 % de candidats femmes, il existe une sanction financière. Mais l'expérience montre que les partis préfèrent payer (recevoir moins d'argent pour leur campagne) et conserver plus de candidats masculins plutôt que de présenter les 50 % de femmes.

Pourquoi ? Car traditionnellement dans la vie politique il existe une prime au sortant (le député déjà en place a plus de chances d'être élu qu'un nouveau). Cela rassure l'électorat et comme les sortants sont majoritairement des hommes, les partis ont préféré maintenir les candidats sortants.
Ceux qui ont présenté le plus de femmes et qui ont le plus joué le jeu sont les petits partis donc il a peu de chances que les femmes soient élues.
Ex : UMP en 2002 représentent 20 % de femmes mais celle 10 % sont élues
PS ‘' ‘' 36% ‘' 16% ‘'
De plus, on donne aux femmes les circonscriptions que le parti était sûr de perdre.
La loi qui fait de la parité quelque chose de d'obligatoire et la seul qui ait eue des effets réels.

Autre problème : les cantonales sont totalement exclues de la loi sur la parité alors que ce sont des élections importantes ( car c'est lors de ces élections que le candidat forge le début de sa carrière politique).
Aux élections municipales de 2001, le nombre de femmes a été multiplié par deux (40 % de femmes en 2001 contre 21 % avant 2001). Il y a eu une augmentation notable des femmes en tant que conseiller municipal (sauf dans les villes de moins de 3500 habitants qui ne sont pas concernés par la loi sur la parité).
Concernant le poste de maire seul 10% des femmes ont été élues (contre 7 % en 1995). Cela montre que plus on monte dans la hiérarchie des postes, moins il y a de femme.
La féminisation des postes nécessite le départ d'hommes. Parfois l'application de cette loi est injuste (ex : des hommes se font évincé au profit des petites amies des hommes supérieurs dans la hiérarchie).

La question de la représentation des Français d'origine étrangère pose également problème : est-il légitime d'introduire dans l'assemblée politique des représentants qui du fait de leur origine peuvent représenter une partie de la population française ? Cette question est difficile à résoudre car il n'est pas facile d'établir objectivement l'inégalité entre les populations d'origine étrangère et les Français. On ne peut mesurer objectivement l'ampleur de cette discrimination.
En France, on applique le principe de l'universalisme républicain : nous sommes des citoyens « raison » donc on est censé raisonner au nom de la collectivité entière et pas au nom d'une catégorie particulière de la population.

Aux Etats-Unis et en Angleterre, on applique le principe du différencialisme : il est légitime de représenter et défendre les intérêts particuliers.
Cela explique que dans ces pays on effectue des statistiques ethniques (en France cela ne serait pas possible car on n'a pas d'outil pour mesurer la situation des personnes selon leur ethnie).
Le risque de ce genre de statistiques est que le résultat de l'étude se retourne contre la population concernée : la statistique mais l'accent sur des discriminations. Cela solidifie les frontières entre les groupes : c'est la fin de l'universalisme républicain.

Quand on regarde du côté de la sociologie historique en politique, on s'aperçoit que la manière dont on vote est le résultat d'une histoire. On n'a pas toujours voté en France de cette façon.
Au début de la IIIe République, il était fréquent de voter dans le domicile du maire (une soupière servait d'urne).
Or, les conditions matérielles de vote ont des effets sur le vote.
D'autres pratiques possibles ont été écartées. Il a par exemple été question que le vote se fasse sur le lieu de travail. Il existait une pression, une influence car on votait sous l'œil du patron, des syndicats.
Avant, les bulletins n'étaient pas imprimés ce qui favorisait une discrimination par rapport à ceux qui ne savaient pas écrire.
L'exemple de l'isoloir :
La mise en place d'isoloir est révélateur des luttes des conflits d'intérêts dont sont issues nos pratiques politiques.
C'est une loi du 29 juillet 1913 qui l'a rendu obligatoire en France (c'est cette même loi qui impose l'enveloppe lors du vote).

Mais depuis 1865, des propositions avaient été faites au parlement. Les partisans de la réforme (ceux qui sont pour l'isoloir) mettaient en avant la nécessité de moraliser les élections c'est-à-dire de lutter contre la fraude et les pressions exercées sur les électeurs.
Mais les débats parlementaires de l'époque montrent que les opposants à la réforme ne considéraient pas ces pratiques de pression comme des formes de corruption. Ils trouvaient cela légitime : les plus instruits votent et conseillent ceux qui n'ont pas suffisamment de connaissances pour voter.
Pour les opposants à l'isoloir, l'influence directe que subit les électeurs n'a rien d'illégitime. Ils dénoncent au contraire isoloir comme un lieu inutile. Ils refusent les présupposés égalitaristes.
Derrière tous ces débats qui se jouent dans une telle réforme est en conflit entre deux types d'acteurs politiques que séparent deux modes concurrens de conquête des suffrages.

D'un côté, les notables de naissance qui sont élus grâce à leur position sociale, grâce à la dépendance sociale des électeurs à leur égard, des notables qui échangent leurs ressources contre des voix (relations clientélistes avec les électeurs). Ces notables n'ont aucun intérêt à la modernisation des pratiques électorales. Ces nouvelles pratiques signent à terme la fin des notables en politique
D'un autre côté, il existe un nouveau type de personnel politique qui ne dispose pas des ressources individuelles des notables. Ce nouveau personnel politique doit compenser par l'organisation collective. Pour recueillir des voix on se regroupe en parti politique.
Ce nouveau personnel politique a tout intérêt à ce que la politique devienne une activité spécifique nettement distincte des autres activités sociales. Une élection politique est une élection au cours de laquelle des biens échangés sont de nature politique et ne peuvent être obtenus dans d'autres sphères de la vie sociale.
Ceux qui se battent pour l'isoloir viennent de couches sociales moins favorisées, ils veulent des échanges de voix contre un programme politique : échange de la sphère politique à la sphère politique (contrairement à avant la première guerre mondiale).
L'isoloir permet aux moins favorisés d'avoir la possibilité d'exercer le pouvoir politique eux aussi (la politique n'est pas réservée qu'aux notables).
Les isoloirs affirment l'anonymat du vote. Ils symbolisent le vote politisé et la mise à l'écart de la vie sociale.

Conclusion sur l'isoloir:
Ce qui s'est joué dans la réforme de l'isoloir ce n'est pas seulement des principes démocratiques abstraits mais ce sont deux modes concurrents de conquête des suffrages :
- celui traditionnel des notables reposant sur le clientélisme
- celui des nouveaux entrepreneurs politiques (c'étaient surtout des républicains) qui commençaient à s'organiser. La conquête des suffrages repose sur des modes de communication plus moderne que le clientélisme : on échange des voix contre un programme, un projet, une idéologie.
L'avantage de l'approche historique, c'est qu'elle dénaturalise les phénomènes, et en l'occurrence ici le comportement électoral.

 

3. Les modèles économiques : l'analyse du vote en termes stratégiques.

L'économie fournit des instruments, des modèles théoriques pour analyser le phénomène les phénomènes électoraux.
Certains économistes se sont ainsi employés à transposer leurs outils et leurs modèles explicatifs à la vie politique. Cela s'est fait à partir des années 1950 aux Etats-Unis.
Depuis, l'analyse économique de la vie politique a rencontré un très grand succès surtout dans le domaine des analyses électorales.
On estime aujourd'hui que dans les grandes revues de sciences politiques américaines concernant les élections, la moitié des articles repose sur ces mouvances de l'analyse du vote.
C'est donc une interprétation dominante. Cette étude est relayée par les médias, c'est donc une source d'influence importante pour les électeurs.
L'usage de ces modèles économiques inspire plus particulièrement l'une des deux grandes tendances qui domine actuellement l'étude électorale : celle qui analyse de vote en termes stratégiques.

a. La théorie de l'électeur rationnel

Tout un courant de la sociologie considère que l'électeur doit être considéré comme un stratège se comportant donc de façon rationnelle quand il vote.
Pour les tenants de l'analyse économique, le vote doit être considéré comme une transaction sur un marché. Ce marché électoral est pour eux un marché comme les autres.
D'un côté, on a les candidats qui sont en situation de concurrence et qui produisent une offre électorale. Pour se faire élire, ils promettent de produire des biens collectifs. Ces biens pourront être consommés par un certain nombre de citoyens qui en échange leur apporteront leurs suffrages.

De l'autre côté, il y a les électeurs qui font leur choix en fonction des avantages et des bénéfices économiques qu'ils peuvent retirer de l'élection. Ce sont donc des électeurs qui calculent les bénéfices économiques qu'ils peuvent espérer d'un programme. Ils calculent les coûts fiscaux liés au programme. C'est le résultat de ce calcul (différence entre le coût et les bénéfices attendus d'un programme) qui serait selon cette théorie déterminant dans le choix des électeurs.
Cette théorie appréhende donc l'électeur comme un consommateur qui le jour du vote va faire son marché politique. Ces théories envisagent qu'un consommateur peut être influencé par ses habitudes d'achat (renvoi au passé électoral de l'électeur).
Le jour de l'élection, ce qui remporte la mise, c'est la volonté d'obtenir le maximum au moindre coût.

Cette théorie marginale il y a 30 ans, est aujourd'hui dominante. Pourquoi ? Car cette théorie s'inscrit bien dans l'air du temps :
Elle paraît presque évidente car dans notre société le calcul économique est considéré comme la forme suprême de nationalité.
Cette théorie bénéficie de la fascination dans notre société pour l'économie surtout quand elle adopte une forme mathématique. Or, l'analyse économique des phénomènes électoraux se présente souvent sous la forme d'équations mathématiques.
Ex : l'abstention n'est pas un comportement qui s'avoue facilement. L'abstention va varier en fonction des conjonctures. Par exemple, le 21 avril 2002, quand Le Pen passe au 2nd tour, les gens étaient réticents à avouer leur abstention. Ainsi, les études mathématiques (sondage) ne permette pas de connaître à l'avance le vrai taux d'abstention.
Ex : en Espagne, on déclare trois fois moins abstention qu'il n'y en a en réalité : les résultats par sondage n'ont aucun intérêt concernant l'abstention. Il faudrait laisser le sondage et aller sur le terrain.
Pourquoi une telle fascination pour l'économie ? Car ce type d'étude parait plus solide : c'est mathématique, donc rationnel. Cela augmente la force de persuasion alors qu'en réalité il s'agit le plus souvent de chiffres bricolés.

Les défenseurs de la théorie de électeur rationnel prétendent qu'elle est la plus efficace pour expliquer les nouveaux comportements électoraux. En particulier pour expliquer la « volatilité électorale » c'est-à-dire, les déplacement de voix que l'on observe d'une élection à l'autre. Cette volatilité apparaît déterminante pour les résultats des élections puisque ce sont ces déplacements de voies de voix de la gauche vers la droite (et inversement) qui provoquerait l'alternance au pouvoir et donc les changements politiques.
Exemple d'électorat volatil : le FN.
Patrick Lehingue (fac d'Amiens) estime que 5 % des suffrages du FN est permanent et que depuis 1984, 1 électeur français sur 4 aurait déjà voté pour le FN. Il existe une circulation très forte des voix, une certaine volatilité car l'électorat du FN dispose de peu de diplômes (cela joue beaucoup sur la volatilité). Ce sont ces électeurs qui changent souvent de vote qui font le vote. C'est pour cette raison que les hommes politiques, les médias... y sont très attentifs. Cela permet de prévoir les élections.

Cette théorie de l'électeur rationnel serait la plus adaptée aux sociétés modernes car ce sont des sociétés où les électeurs (surtout les jeunes, donc les plus instruits) ne seraient plus comme leur ancêtres fidèles à un comportement politique. Ils seraient au contraire moins disciplinés, moins prêts à suivre les consignes partisanes. Ils seraient moins dans l'identification aux partis que les générations précédentes. Ils seraient donc plus volatiles. Ils se déterminent plus qu'avant en fonction du bilan des gouvernements et des programmes électoraux.

b. Ses limites

La théorie prétend mieux rendre compte de la volatilité électorale. Or le problème c'est qu'aujourd'hui, ce qui caractérise l'électorat, c'est sa forte stabilité.
Ex : 70 % des électeurs français votent dans le même parti d'une élection à l'autre.
C'est sans doute d'abord la stabilité qu'il faut expliquer avant la volatilité. La stabilité est plus importante si on regarde les camps (gauche droite) plutôt que les partis (PS, verts...).
En fonction d'où l'on se place, la volatilité sera plus ou moins importante.
La théorie pointe donc du doigt un comportement qui ne représente pas la majorité des comportements électoraux.

Autre limite plus problématique : les électeurs qui changent de préférence le plus facilement à chaque élection sont les électeurs issus des couches les plus défavorisés, ce sont ceux qui sont les moins instruits et ceux qui s'intéressent le moins à la politique. Ce sont ceux qui sont les moins bien informés sur la campagne électorale.
Or cette description de l'électeur va à l'encontre de la définition de l'électeur relationnel qui doit être informé et connaître toute l'offre politique.
Ces électeurs volatiles vont voter un peu au hasard.
Ex : Bayrou en 2002 gifle un jeune dans une cité. Pour certains cette gifle a été déterminante dans le choix du candidat.

Un sociologue américain a écrit Bowling Alone il y montre que le fait d'avoir fait des études, ne va pas forcément de pair avec le fait de s'intéresser à la campagne. Ce n'est pas prédictif d'un comportement électoral ou politique.
La théorie de l'électeur rationnel n'explique que difficilement le fait que la volatilité soit mise en œuvre par ceux qui sont le moins aptes à faire des choix.
La théorie de l'électeur rationnel semble en partie invalidée par ce que l'on observe dans la réalité.
Dans les milieux très politisés, favorisés, on suit la campagne électorale. Mais seuls cinq à 10 % des électeurs sont issus de ces milieux.
Ces électeurs éclairés, instruits, bien formés sur la campagne concernent une minorité des électeurs volatils.
Ex : Bayrou touche ceux qui sont très diplômés, intéressés par la campagne
Le problème, c'est que la majorité des électeurs volatils vienne des milieux défavorisés, peu instruits.
La théorie de l'électeur rationnel semble rendre compte du comportement général des électeurs, or, ce n'est pas le cas. Il faudra se servir d'autres modèles pour rendre compte de la réalité

Si les électeurs se comportaient vraiment comme le prétend la théorie de l'électeur rationnel (uniquement dictés par les enjeux économiques) alors ils ne devraient pas voter.
Pour voter selon un calcul coût/ bénéfice il faut connaître parfaitement les programmes des candidats et être capable de les traduire en termes d'avantages personnels, ce qui est impossible. Pourquoi ? Car l'offre politique est souvent contradictoire et qu'un même parti pour augmenter ses chances de succès peut à la fois promettre de baisser l'impôt et d'augmenter les dépenses publiques (ex : en matière de santé, éducation...).
De plus, il est très difficile d'anticiper les effets d'une politique économique. Les économistes eux-mêmes ne sont jamais d'accord sur ce sujet.
Comment un électeur lambda pourrait prévoir les effets d'une politique économique alors que les économistes eux-mêmes n'y parviennent pas ?
Il est quasiment impossible de connaître à l'avance les effets d'une politique économique sur sa propre existence.
Ex : en matière de fiscalité, comment connaître ses intérêts ? Est-ce rationnel de raisonner à l'échelle individuelle ?
Ex : Faut-il voter pour un candidat qui veut réduire les impôts ? À premier abord, cela semble être dans notre intérêt. Mais à long terme est-ce dans notre intérêt que les hôpitaux ferment, qu'il y ait moins d'enseignants, que le service public se détériore ?

On peut critiquer cette théorie car elle part du postulat de départ qu'il est facile de connaître ses intérêts.
L'électeur rationnel, s'il votait vraiment rationnellement, devrait ne pas voter car il ne dispose pas des informations nécessaires pour faire son choix.
De plus, en bon calculateur, il devrait voir que sa voix ne sert à rien, le poids de son vote est dérisoire. C'est le « paradoxe du votant ».
Ex : dans une circonscription électorale de 80 000 inscrits : chaque voix pèse 0,00 12 % du résultat global. Pour qu'une voie serve à départager les candidats il faudrait donc :
- soit que tous les autres électeurs s'abstiennent
- soit que le nombre de bulletins reçus par les deux candidats soit le même
Mais en réalité, cela n'arrive jamais.

Celui qui se conduirait en calculateur rationnel ne devrait pas voter, d'autant plus que voter à un coût (coût de l'information, du temps, coût physique). Le coût physique correspond au phénomène de la mal inscription : des électeurs sont parfois inscrits loin de leur nouveau domicile. Ceci explique une bonne partie de l'abstention dans notre pays. Cependant quand il y a une mobilisation très forte, les électeurs font l'effort de se déplacer (ex : deuxième tour de l'élection de 2002).
L'électeur rationnel devrait s'abstenir, or ce n'est pas le cas. La théorie de l'électeur rationnel est très éloignée de la réalité car si tous les électeurs se comportaient conformément à la théorie il y aurait très de 100 % d'abstention.

Il existe un décalage entre la théorie et la pratique. D'autant plus qu'il est prouvé que l'abstention n'est pas le résultat d'un calcul politique. C'est juste une marque d'indifférence (mais toujours minorée des très politisés qui s'abstiennent délibérément).
Ex : le 21 avril 2002, le taux d'abstention atteignait 28 % : ce n'était pas le fait un calcul stratégique, c'était juste dû à un désintérêt pour la campagne. Les électeurs qui étaient favorables à un changement politique ne savaient pas pour qui voter en 2002 car Jospin et Chirac était déjà au pouvoir (donc pas de changement).
En réalité, les pratiques électorales sont souvent en contradiction avec le modèle élaboré par les économistes du vote.
L'approche purement économique des choses n'est pas capable de rendre compte de des comportements politiques.
L'approche économique pêche en politique là où l'intérêt politique est dû à une passion pour la politique et non à un intérêt économique (ex : militantisme : on imagine mal les militants militer par intérêt).
Ces théories ne négligent l'identité politique comme facteur. S'il y a de moins en moins de gens qui votent, c'est parce qu'ils ne se retrouvent plus dans une identité politique.
Pour que ceux qui sont indifférents à la politique, il existe des formes de pressions : amis, famille, travaille ... C'est un vote intermittent car la pression est plus ou moins constante contrairement à l'identité politique qui est stable.

4. Les analyses écologiques du vote (ou analyses environnementales du vote)

Ces analyses mettent en relation les choix des électeurs avec les caractéristiques de leur environnement. On entend par environnement, l'environnement quotidien : famille, travail, amis...
Ces environnements peuvent aller dans le même sens ou bien se contredire.
Ex : Si 2 parents votent à droite, il y a de fortes chances pour que leur enfant vote aussi à droite (sauf pendant la crise d'ado). Il existe une forte transmission.
Ex: Si les 2 parents ont des convictions différentes : la transmission sera plus compliquée.
Il faut tenir compte du milieu dans lequel vivent les électeurs pour comprendre le comportement électoral. Il ne faut pas considérer les lecteurs comme de simples raisons. C'est le contraire de la théorie de l'électeur rationnel.
Le comportement électoral est le prolongement dans la politique des comportements observables dans le domaine social.

a. « L'électorat du granit » et « l'électorat du calcaire » sous la troisième république (thèse d' A.Siegfried)

Dans son ouvrage intitulé Tableau politique de la France de l'Ouest publié en 1913, Siegfried s'intéresse à la relation entre la géographie et le vote. Il cherche à comprendre pourquoi dans certaines zones rurales de l'ouest de la France les électeurs votaient majoritairement à droite et d'autres majoritairement à gauche.
Il a observé que les comportements politiques étaient à son époque largement conditionnée par le contrôle (ou l'absence de contrôle) exercé par le clergé et les notables (grands propriétaires terriens). Or, ce contrôle est lui-même dépendant pour une large part d'une forme d'habitat qui est elle-même dépendante de la nature géologique. Siegfried établit une corrélation entre la nature géologique des sols et le comportement de ces populations rurales. Il parvient à distinguer un « électorat du granit » et un « électorat du calcaire ».
L'électorat du granit vote largement à droite tandis que l'électorat du calcaire vote majoritairement à gauche.
Pourquoi ? Car la nature géologique du sol détermine les formes d'habitat et le type d'exploitation agricole. Le granit retient l'eau bien que dans les zones granitiques il y a beaucoup de puits et donc l'habitat est dispersé autour de ces nombreux puits. Dans ces zones, la structure agraire est également dominée par la grande propriété foncière.
Le calcaire est perméable si bien que dans les plaines calcaires, l'habitat est rare et donc regroupé autour de ces points d'eau. Ces zones sont marquées par une petite et moyenne exploitation agricole.

Or, les formes de l'habitat, de la propriété, déterminent les modes de vie, la mentalité des populations et leur comportement électoral.
Dans les zones granitiques, le morcellement de l'habitat et la structure de la propriété favorisent le contrôle social des grands propriétaires et du clergé sur les fermiers (ou métayers) qui habitent ces zones.
Pourquoi ? Car dans ces zones, l'église est un lieu de rencontre, de sociabilité essentielle.
Ce processus explique l'importance des votes conservateurs dans les zones granitiques.
Au contraire, dans les zones calcaires, les petits propriétaires sont regroupés en village et ont l'habitude de se rencontrer. Ils sont plus attachés aux valeurs égalitaires. Cela explique qu'ils votent largement à gauche.

Siegfried fut le premier à réaliser ce type d'études. Il établit un lien entre les caractéristiques de l'environnement et la couleur politique du vote.
On n'utilise pas un recours à une explication du choix en terme idéologique.
Une autre étude fut menée par Noëlle Burgi de façon beaucoup plus politique : la grande grève des mineurs anglais. Cette analyse a montré une corrélation entre l'habitat des mineurs et leur participation à la grève.
La grève des mineurs a été massivement suivie dans les zones d'habitat collectif alors que le taux de participation était beaucoup moins important dans les zones pavillonnaires.
Attention : la relation n'est pas directe: ce n'est pas directement le type d'habitat qui participe au comportement électoral mais l'habitat favorise des formes de sociabilité qui elles-mêmes favorisent plus ou moins la participation à des mouvements collectifs.

b. Des banlieues rouges aux « quartiers » : les votes ouvriers

C'est une manière de montrer que les quartiers des grands ensembles aient été pendant une époque (à partir de la guerre) marqués par un très fort réseau de militants pris en charge par les communistes (souvent, ce sont des anciens résistants, il ne sont pas vraiment choisis pour leur étiquette partisane).
Après la guerre, les banlieues rouges étaient habitées par le gratin du milieu ouvrier (population assez mixte avec de bonnes conditions d'habitat). Dans ces zones existait des « cellules » communistes, c'est-à-dire des habitats dans lesquels on faisait des réunions. Il s'agissait d'un point de concentration de sociabilité. Ces cellules influençaient l'environnement au-delà de ceux qui se rendaient aux réunions.
La présence militante même si elle n'est pas très d'idéologique contribue à maintenir une ambiance favorable à la participation politique.
Les militants des cellules participaient à une forme de sociabilité locale (ex: distribuer l'humanité le dimanche).

La sociabilité entretenue par les militants dans les banlieues rouges renvoyait aux milieux populaires une image dont ils pouvaient être fiers, une image valorisante d'eux-mêmes. Ceci permettait de renforcer l'identité ouvrière et donc de favoriser une participation politique.
Ex : une mythologie locale avec des héros assimilés aux ouvriers.
Ces ressources que fournissaient les militants des banlieues rouges étaient doublées dans le monde du travail.

A l'époque, les unités de travail étaient grandes et favorisaient la politisation (si on est beaucoup, c'est plus facile de faire des revendications).
De plus, ces grandes unités de travail étaient favorables à la prolifération des syndicats.
Quand dans son travail, on a le sentiment d'appartenir à un groupe, ce sentiment d'appartenance continue en dehors du travail, dans son quartier.
Jusqu'au début des années 1980 en France, le milieu populaire a eu le plus fort taux de participation politique (90 % de taux de participation aux élections). Cela s'explique par le cumul de l'influence des militants, du monde du travail, du quartier... Aujourd'hui, c'est le contraire.
Aujourd'hui, les quartiers sont des zones dans lesquelles les environnements décrits précédemment ont été déstructurés.

Aujourd'hui, il n'y a plus militants communistes dans les grands ensembles (sauf exceptions). Ainsi, l'entraînement vers les urnes est réduit.
Aujourd'hui, il existe des réunions de quartier avec des conseils municipaux mais on n'y parle jamais de politique. Or, ce n'était pas envisageable il y a 30 ans.
Il y a de moins en moins de syndicats (sauf pour les fonctionnaires qui ont d'ailleurs un taux de participation plus élevé) car il y a de moins en moins de grosses unités de production.
Dans les ZUS (zones urbaines sensibles) le taux de chômage est de 25 % (alors que le taux de chômage au niveau national est de 9/10 %). Or, quand on est au chômage, on est dans la situation la moins propice à la politisation. On échappe à l'entraînement vers les urnes.
De même, le travail en intérim n'est pas une forme de travail propice à la participation politique car il faut se sentir appartenir à un groupe or avec l'intérim ce n'est pas possible. Il n'existe pas d'intégration ni de solidarité au travail. De plus, la situation des intérimaires n'est pas prise en compte par les syndicats car les intérimaires ne participent pas aux élections des syndicats.

Aujourd'hui, il n'y a plus de militants ni de politisation dans le cadre du travail.
Aujourd'hui, comme seul entraînement vers les urnes, il reste la famille. Mais la famille a évolué depuis 30 ans (exemple : familles éclatées). Or, le couple était un facteur d'entraînement vers les urnes et notamment un facteur d'entraînement des femmes vers les urnes. Mais la déstructuration des familles, surtout concernant les femmes isolées a pour effet que le mari ou concubin ne soit plus un facteur d'entraînement vers les urnes pour les femmes. Bien souvent après une séparation, les femmes ne votent plus.
Ce facteur se superpose aux deux autres (fin du militantisme et du travail) pour expliquer les taux de participation dans les milieux populaires.
On dit qu'il n'y a plus de vote ouvrier, que les ouvriers ne votent plus à gauche. Mais cela est en fait un effet d'optique : la déstructuration du milieu populaire favorise le taux d'abstention.
Si on avait des instruments d'analyse plus fins on verrait un lien entre l'appartenance socioprofessionnelle et le vote.

c. L'explication du vote par les variables démographiques.

Les analyses environnementales du vote prennent en compte trois types de variables : sociodémographique, socioéconomique, socioculturelle.
Exemple de variable de sociodémographique: le genre et l'âge.
Pendant longtemps on a constaté qu'en France les femmes votaient plus à droite que les hommes.
Ex : lors des 1ère élection du président de la république eu SUD (1965) 39% des femmes votent à droite contre 30% des hommes. Donc, la droite gaullienne a gagné grâce aux femmes.
Ces différences ont presque disparu aujourd'hui, ces différences sont de moins en moins importantes depuis 20 ans.
Exemple : lors des élections présidentielles de 1988 (second tour) 55 % des femmes ont voté en faveur de Mitterrand.

Depuis 1995, on n'a jamais noté d'écarts significatifs entre les genres. En 2002, 16 % des femmes et 16 % des hommes ont voté en faveur de Lionel Jospin au premier tour et 17 % des hommes et 22 % des femmes ont voté en faveur de Chirac. Il n'y a donc plus de détermination sexuée des comportements politiques.
La barrière de l'âge a cessé d'être significative en matière de comportement électoral. Pendant longtemps, il existait une corrélation entre l'âge et le choix du parti.
Exemple : plus on est vieux, plus on vote à droite.
En 1988 Chirac était majoritaire chez les plus de 65 ans. Alors que 70 % des 18-24 ans avaient voté Mitterrand et 63 % des 25-34 ans avaient voté pour Mitterrand.

Aujourd'hui il existe une atténuation de ce phénomène. Il y a notamment un balancier dans le comportement électoral des jeunes. Aujourd'hui, les jeunes ne votent pas plus à gauche que les autre catégories d'âge. Dans les années 1970/1980 les jeunes votaient majoritairement à gauche. Dans les années 1990 : il y eut un retournement : les jeunes votent plus à droite que la moyenne nationale. Depuis 2000 : ils votent plus à gauche voire à l'extrême gauche. Du fait de ce mouvement de balancier, il est difficile de parler « d'un vote jeune » (contrairement à avant).

d. Les variables socioéconomiques

En France, l'un des clivages majeurs sur le plan électoral réside entre les travailleurs indépendants et les salariés.
Les travailleurs indépendants ont toujours majoritairement voté à droite ou au centre tandis que les salariés (surtout dans le domaine public) votent majoritairement à gauche.
De plus, la détention d'un patrimoine est un facteur prédictif du choix politique. Les propriétaires sont plutôt de droite, ceux qui n'ont rien sont de gauche. Le pourcentage de vote à droite augmente avec le nombre de propriétés détenues.

e. Les variables socioculturelles

Elles prennent en compte le niveau d'instruction et l'appartenance religieuse.
- L'intérêt pour la politique et la propension à voter augmente avec le niveau d'études.
En revanche, il n'y a pas de lien entre le niveau de diplôme et la détermination politique du vote.
Moins les scrutins sont mobilisateurs, plus on trouve parmi les électeurs des gens qui ont fait des études.

Pour les élections cantonales, on a peu de gens qui votent mais il y a un noyau dur qui se compose majoritairement des gens qui ont fait des études. Ceux qui ont fait des études votent régulièrement aux présidentielles comme aux cantonales. Mais ils sont moins bien représentés aux élections présidentielles (car plus de gens votent).
Aujourd'hui, de plus en plus de personnes accèdent aux études supérieures. Cela devrait augmenter la participation aux élections.
- La variable la plus prédictive du vote est la pratique religieuse même si cela semble être paradoxal.
Ceux qui pratiquent une religion vont plus voter que les non pratiquants.
Cette variable a été évaluée à partir de la religion catholique. Or il existe beaucoup d'autres religions. Il existe quelques études sur la religion musulmane (il en résulte qu'il n'y a pas de vote musulman), des études sur le vote juif...
Les études électorales permettent d'établir d'importantes corrélations entre le vote (ou l'abstention ou les choix politiques) et de multiples variables sociologiques.
Cette corrélation montre bien que les comportements politiques sont conditionnés par de multiples facteurs sociaux contrairement à ce que postule la théorie de l'électeur rationnel. Mais ces observations ne sont que des constat et en rien des explications.
Ceci amène encore plus de questions. Se pose d'abord le problème du sens de la corrélation. Est-ce que le catholique pratiquant vote ? S'il vote, est-ce à droite ? Vote-il à droite parce qu'il va à la messe (modèle de Siegfried avec l'influence de l'église) ?
Beaucoup de variables énoncées précédemment se recoupent les unes les autres. Dans les années 1980, dire que les non diplômés, les ouvriers, les sans patrimoine votent à gauche, cela revient à dire 3 fois la même chose.

Ces variables ne sont pas en elle-même explicatives. Elles ne répondent pas à la question essentielle c'est-à-dire celle de savoir pourquoi les ouvriers votaient majoritairement à gauche. Il existe l'explication de l'entraînement des militants politiques dans les quartiers, mais il existe d'autres explications comme la famille ou le travail.
Jusqu'à une date récente, les partis politiques de gauche s'adressaient assez directement aux ouvriers, et avaient un programme destiné aux ouvriers.
Longtemps, la gauche a présenté des candidats auxquels les ouvriers pouvaient s'identifier (souvent le cas du parti communiste). Quand on est ouvrier, on est sensible au fait qu'un candidat vienne du milieu ouvrier.
Concernant l'identification, ce n'est pas tant les caractères objectifs qui comptent mais les caractères subjectifs. Ce qui compte c'est le sentiment d'appartenance à un groupe social.
Exemple : Bayrou joue sur ses origines rurales, cela donne l'image de quelqu'un qui fait les choses concrètement.
Exemple : Torez a écrit Fils du peuple
Le fait que des ouvriers ne se perçoivent pas comme des ouvriers explique que moins d'ouvriers votent à gauche.

Pour qu'il y ait un sentiment d'appartenance, il faut qu'il y ait des structures qui contribuent à le faire exister. En politique, ces structures sont les partis politiques.
Exemple : aux Etats-Unis, il n'y a pas moins d'ouvriers qu'en France et pourtant il n'y a jamais eu d'identification au groupe ouvrier car il n'y a jamais vraiment eu un parti représentant ce groupe là. L'origine ethnique prévaut sur le fait d'appartenir au groupe ouvrier.
En Europe, les structures ont longtemps favorisé le groupe ouvrier.
Ce qui compte ce ne sont pas les caractéristiques sociales objectives (niveau d'instruction, salaires, qualification professionnelle, patrimoine possédé) mais le sentiment subjectif d'appartenance à la classe ouvrière.
En effet, les enquêtes montrent que les ouvriers qui se sentent ouvriers ne votent absolument pas comme les ouvriers qu'ils ne se sentent pas ouvriers. Les ouvriers qui s'identifient votent surtout à gauche (encore aujourd'hui) alors que des ouvriers qui se sentent extérieurs à cette classe et qui pense appartenir à la classe moyenne votent plutôt à droite, voire à l'extrême droite.
Le sentiment subjectif d'appartenance à un groupe est plus important que les indicateurs d'appartenance objective à un groupe.
Ex : Le vote frontiste serait autant féminisé que masculinisé contrairement à ce que l'on dit car les femmes sont plus réticentes à avouer qu'elles votent front national (pas de déclarations ouvertes).
Si les femmes ont longtemps voté à droite, ce n'est pas du fait de leur sexe mais c'est sans doute car elles ne travaillaient pas et que leur statut de femme au foyer les prédisposait plus que des hommes à voter en faveur de partis politiques qui valorisaient la femme au foyer, la bonne mère de famille. L'entrée massive des femmes sur le marché du travail explique le fait que le vote des femmes est devenu identique à celui des hommes.
La sociologie électorale doit non seulement rechercher à établir statistiquement les variables explicatives du vote mais elle doit aussi chercher à en donner l'explication (ce qui est plus compliqué). Les sondages permettent rarement de donner des explications. Pourquoi ? Car les sondages reposent sur du déclaratif. Or les électeurs ne disposent pas des clés de compréhension de leurs comportements électoraux (il faudrait constamment être en auto analyse de son comportement électoral).
De plus, dans les sondages, les réponses n'ont pas la même valeur. Certains prennent les sondages au sérieux, d'autres non.

Autre type d'approche sur le vote : l'approche anthropologique c'est-à-dire que le vote correspond à un rituel.
Les élections n'ont pas pour seule fonction de faire élire des candidats. Elle constitue une sorte de rite : le même jour, plein de gens vont faire le même geste (voter). C'est un immense rite à l'échelle de la nation. C'est un rite qui n'est pas sans produire des effets. Le premier effet est de produire un sentiment d'appartenance à la communauté nationale. C'est à la fois être reconnu comme un membre de la collectivité par les autres participants et une manière d'affirmer son appartenance à cette collectivité en participant. Cela contribue à faire exister la nation. Les élections constituent un épisode important dans le sentiment d'appartenance nationale.
Cela explique également une part de l'abstention, de la désertion des urnes (notamment de l'abstention de la jeunesse des quartiers populaires). Pourquoi ? Dans les quartiers populaires les jeunes sont souvent des Français d'origine étrangère et subissent des discriminations. Ils ont le sentiment d'être des citoyens de seconde zone.
Le fait de ne pas être un citoyen à part entière est un facteur explicatif de l'éloignement du comportement électoral.
Les jeunes peuvent adopter 2 réactions :
- une étude a montré que les jeunes Français d'origine étrangère tendent à voter autant (sinon plus) que la moyenne électorale (pour certaines élections). Il sur agissent, ils montrent qu'ils votent. C'est le « zèle électoral ».
- puisqu'on n'est pas accepté dans la communauté nationale, on se tient à l'écart des rites nationaux. On parle de « retournement de stigmate » c'est-à-dire le fait de dire que ce n'est pas la nation ou les politiques qui ne veulent pas d'eux mais c'est le contraire.
Stéphane Beaud dans Pays de malheur retranscrit une conversation qu'il a eue avec un homme d'origine étrangère. Celui-ci explique qu'au service militaire on regarde qui chante la marseillaise et qui fait semblant. Cela permet de faire un contrôle social.
Le cumul des explications permet de cerner un comportement électoral. Il faut donc éviter les explications simplistes.

II. L'opinion publique et les sondages

1. L'opinion publique et la légitime démocratique.

La démocratie est en théorie le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple (Lincoln). L'opinion publique joue donc un rôle essentiel dans le jeu démocratique. En effet, le peuple est la source de légitimité de tout pouvoir. Son opinion doit être respectée et guider l'action publique. Une politique démocratique est donc une politique qui correspond à la volonté populaire. Elle est donc conforme à l'opinion publique c'est-à-dire à l'opinion du peuple souverain.
En démocratie, c'est l'opinion publique qui constitue le principe de légitimation par excellence. Une politique répondant aux attentes de l'opinion publique étant une politique légitime et inversement : une politique condamnée par l'opinion publique risque fortement d'apparaître comme illegitime.
Contenu de l'enjeu de l'opinion publique, de nombreuses questions se posent. L'opinion publique existe-t-elle vraiment ? Est-elle une construction artificielle ou un artefact social ?

Un artefact est le produit de la méthode d'enquête. C'est quelque chose qu'on croit être le réel mais qui est en fait une réaction liée à l'enquête.
L'artefact est le risque majeur de toutes les études de science sociale.
Ex : Quand on suit un candidat de très prés, il y a beaucoup de chances pour que le comportement de ce candidat soit différent du fait de notre présence. L'attitude du candidat est liée à notre présence.
Comment fait-on pour connaître l'opinion publique si elle existe ? Comment sait-on ce que veut l'opinion ? Qui est habilité à traduire cette volonté, donc de dire l'opinion ? Qui a le pouvoir de faire parler l'opinion ?
Pendant longtemps, ce sont les élus de la nation (les parlementaires) qui détenaient le monopole de l'expression de l'opinion publique. Seuls les députés (car ils sont élues au suffrage universel par le peuple) pouvaient prétendre parler au nom du peuple.
La presse à chercher à concurrencer les parlementaires, à se faire le porte-parole de l'opinion publique.

Les journaux ont cherché à se faire reconnaître comme des acteurs légitimes dans la compétition pour l'expression de l'opinion publique.
La manifestation de rue (naissance dans le milieu du XIXe siècle) est un répertoire politique organisé, conventionnel (contrairement aux émeutes).
Enfin, certaines organisations et partis politiques incarnent l'opinion publique à travers certaines manifestations qu'ils encadrent.
On peut dire que jusqu'au début des années 1960, il n'y avait pas en France une définition et un mode d'expression universellement reconnu de l'opinion publique mais un ensemble de définitions et de vastes expressions concurrentielles.
A la fin des années 1960, tout change car les instituts de sondage qui jouaient avant un rôle margina

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